La gauche modérée est en campagne à Saint-Ouen: ça vaut le détour.

 

Les sociaux démocrates n’étant plus à une contradiction près, ils ne renâclent décidément pas à l’exercice. L’un des  derniers tracts de leur candidate à Saint-Ouen en est la singulière expression. Outre l’absence totale d’éléments concrets de programme, le papier de campagne se borne à un fourre-tout fort vague, dont une ligne ou deux ne manquent pas de sel.

On est d’abord surpris de constater que la situation sociale de la Seine Saint Denis est la conséquence de la « gestion passée » du conseil Général.

Le PS est membre de l’exécutif départemental depuis fort longtemps, et le PCF n’aurait pas pu faire voter la moindre mesure depuis dix ans sans l’appui du groupe socialiste. Que les socialistes n’ont-ils pas crié à la gabegie plus tôt ? Peut-être se sont-ils longtemps contentés de suppléer le PCF, avant d’espérer le supplanter le PCF.

Il est par ailleurs étonnant de souligner la rigueur de la gestion socialiste depuis 2008 quand le président Bartolone fait voter, à grand renfort de publicité, un budget en déséquilibre.

En outre, de tels propos illustrent tristement une vision de la ville étriquée : la situation de la Seine Saint Denis, vieille banlieue industrielle et ouvrière, n’est malheureusement pas à mettre sur le compte de la gestion d’une collectivité territoriale qui n’existe que depuis 1967 (soit moins de dix ans avant le début de la récession industrielle qui la frappa durement). La genèse de la ségrégation sociale et spatiale qui est à la base des difficultés de ce département est plus probablement à fixer à la charnière des XIXe XXe siècle, comme l’illustre le film de Yamina Benguigui, 9-3, mémoire d’un territoire (il me semble d’ailleurs que la réalisatrice est membre de PS…mais c’est vrai que son oeuvre n’engage pas nécessairement son parti, même si elle invite à réfléchir…).

Il est également bien singulier que M. Le Roux, député de la circonscription, souligne dans ce tract à quel point la majorité est « ouverte » quand on sait que le PS et Europe Ecologie ont conclu des accords pour mieux chasser les conseillers généraux sortants, membres de l’autre gauche, qui font pourtant partie de ladite majorité !

Affirmer qu’un conseiller général défend « les intérêts de Saint Ouen » auprès « du président du conseil général », comme l’affirme Elise Boscherel laisse fort sceptique quand à l’idée que se font les socialistes de la représentation du peuple dans un scrutin d’arrondissement. Il m’avait semblé entendre, en 2007, Alain Juppé défendre ainsi son élection à la députation de la Gironde : elle devait « défendre les intérêts de Bordeaux » ! Mais comme les députés, les conseillers généraux ne représentent pas trois arpents de terre dans le coin d’un département. Ils représentent le peuple, tout le peuple, et rien que le peuple : un député n’est pas député de la Gironde, de l’Hérault ou de Paris, il est député de la République ! Un conseiller général ne protège pas les intérêts de Saint Ouen contre ceux du Blanc-Mesnil, de Montreuil ou de Saint-Denis, il représente l’intérêt général !

Il n’est en outre pas très adroit de sous-entendre que Claude Bartolone accorderait davantage d’écoute à un conseiller général de son parti dans l’intérêt du canton dans lequel ce dernier est élu : ce serait laisser croire que le président privilégie les territoires comptant des élus de son camp, ce qui n’en ferait pas, à proprement parler, un chef d’exécutif très équitable…

La formulation du soutien de Claude Bartolone est elle-même délectable. Parler de « cette nouvelle génération d’élus qui ne supporte pas les injustices » quand on est conseiller municipal depuis 1977 et député depuis 1981 revient un peu à se tirer une balle dans le pied…

Ce matériel électoral est donc tristement à l’image de la social-démocratie d’aujourd’hui, où la communication a remplacé le fond politique, où les slogans sont dignes d’une campagne municipale de la droite (« nouvelle génération » ), et où, finalement, la cuisine électorale remplace la discipline républicaine.

Avec Jacqueline Rouillon et Frédéric Durand, avec le Front de gauche, une autre politique à gauche est possible. Un autre politique que celle qui a mené la gauche française, qui privatisait et cédait au discours sécuritaire, dans l’abysse.

Une autre politique est possible en Seine Saint-Denis, en communiquant moins et en réalisant plus, c’est celle de l’Autre Gauche !

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